Courir à Millau, c’est participer à la légende et pour une fois ce mot n’est pas galvaudé loin de là!

Tous les Grands Cent Bornards sont passés par la Capitale Aveyronnaise que ce soit Serge Cottereau (4 fois), Jean Michel

Bellocq (8), Rolland Vuillemoz, Ludovic Dilmi, Bruno Heubi, Mickaël Boch, Jean Jacques Moros chez les hommes et Anne Cécile

Fontaine, Stéphanie Mazouin (4), Martine Blandin (3) et Edith Holdener (2), tous et toutes n’auraient pas imaginer avoir le

palmarès le plus beau sans avoir gagné au moins une fois cette épreuve mythique!

De plus, et ce malgré la difficulté du parcours, les records sont stratosphériques avec un 8h08’15 » pour Christine Denis-Billet

en 2001 et un 6h28’31 »!!! pour Jean Marc Bellocq en 1990.

Pourtant il n’y a pas de podium à l’arrivée, ni médaille, ni encore moins de primes pour les vainqueurs, juste une interview à

l’arrivée et un bel article dans le journal pour toute récompense comme quoi l’épreuve peut être sublime sans tout ça.

Millau, comme New York sur Marathon, est l’épreuve qu’il faut absolument avoir fait une fois dans sa vie.

Un parcours exigeant (surtout dans sa 2éme partie) avec plus de 1000m de D+ avec parfois des conditions dantesques

comme en 1983 où la course est arrêtée à cause d’un violent orage qui s’abat sur la vallée avec plus de 10cm d’eau dans les

rues de la ville.

Pour ma 3éme participation cette année, après 2009 et 2011, je ne vais pas vous parler de ma préparation car elle a été

faite uniquement en endurance entre le dernier Marathon fin Juin au Terroir Brayon, ma blessure au tendon d’achille et les

électrochocs bien douloureux qui vont avec, c’est simple je n’ai couru que 739km et roulé 350km à vélo. De plus j’ai entamé

un régime cétogène qui m’a fait perdre pas mal de poids mais surtout bousculé mes habitudes alimentaires.

Pour essayer de faire quand même l’épreuve dans de bonnes conditions, j’ai fait faire des semelles que je n’aurai finalement

testées que 22km en 2 fois le lundi et le mercredi précédent la course avec une dernière séance de torture chez le kiné le

jeudi conclue avec un Gros tape pour verrouiller tout ça. Je partais donc dans l’inconnu le plus total, avec ce programme à

faire sur 100 bornes sans accompagnateur pour une fois!

Notre voyage se compose d’un trajet en TGV jusqu’à Montpellier, d’un peu de route en voiture jusqu’à Millau pour rejoindre

notre Airbnb le vendredi soir à 21h30.

Le temps de poser le paquetage et nous filons retirer nos dossards au Parc de la Victoire où les bénévoles nous attendent

jusqu’à 23h!

Les copains ont déjà festoyé ensemble, nous boirons finalement notre traditionnelle bière en amoureux tous les deux dans le

dernier restaurant ouvert encore après 22h.

Le sommeil est réparateur à tel point que nous sommes tranquillement sur place 1h30 avant le départ histoire de voir et

d’embrasser tous nos potes qui vont faire soit le Marathon, soit bien sûr les 100 bornes!

Photos Christian Arnaudo

La bonne humeur ambiante m’enlève le gros de la pression que j’avais accumulé ces derniers temps de peur de ne pas y

arriver à tel point que j’ai hésité jusqu’au dernier moment entre faire finalement le Marathon ou rester sur les 100 bornes

mais bon on ne vient pas ici pour renoncer comme ça.

Direction maintenant le départ situé à 1km de là pour défiler dans la ville et qui sera donné par la très sympathique Ministre

des sports : Laura Flessel!

L’objectif est simple : FINIR et toucher la banderolle d’arrivée si possible mieux que mes 12h36′ de 2011!

Nous partons tous ensemble sous un ciel déjà bien menaçant. Il faut dire que contrairement au grand soleil de la veille les

prévisions ne sont pas optimistes avec de la pluie annoncée plus ou moins forte jusqu’à 17h30.

Je me suis calé sur un rythme de 6’15/6’30 qui me convient très bien. Bonne nouvelle (voire très bonne!) mon tendon ne me

fait absolument pas mal. Attendons la suite.

Nous arrivons tranquillement à Aguessac (7éme km) lieu de rassemblement et de départ des accompagnateurs vélo. C’est un

joyeux bord.. mais chacun trouve sa place rapidement même si parfois certains ont du mal à partager la route. Après le ravito,

je me retrouve seul sans pour autant avoir accéléré mais c’est juste que je ne m’arrête que très peu de temps pour boire juste

un peu d’eau. Je ne mange rien pour l’instant.

Il fait super bon pour courir mais déjà il faut enlever et remettre le coupe vent car la pluie va et vient plus ou moins forte pour

l’instant. Malgré tout il y a du monde au bord de la route dans les villages. Pas de grosses difficultés jusqu’au 20éme quand

d’un seul coup ce sont des trombes d’eau qui s’abattent sur nous! En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous sommes

trempés jusqu’au os et le ciel devant nous est complètement bouché. Ca promet déjà pour les 10h de route (au mieux) qui

nous attendent.

Je continue sur le même rythme jusqu’au Marathon alors qu’entre temps Béatrice et William m’ont rattrapé avec facilité

tellement ils sont bien. Moi je ne change rien, ça serait dommage de se mettre dans le rouge alors que le timing est parfait

pour moi.

1er passage dans la salle d’arrivée, le Marathon est bouclé en 4h35′, il va falloir se botter le c.. pour repartir sous la flotte qui,

même si elle a faibli, est toujours bien présente. Question alimentation, je n’ai pris qu’un oeuf entier pour les protéines, du

café, de l’eau et une petite tranche de pain. La forme est là, tout va bien, on repart.

Béatrice est devant je ne la reverrai plus! William me laisse dans la montée de Creissel sous le viaduc que je vais vouloir courir

jusqu’en haut, première erreur. Si je le fais sans difficulté, une petite pointe commence à se faire sentir sur le quadri droit et

ce n’est alors que le début.

Hélène, la très sympathique femme de Damien m’encourage et en profite pour me laisser ces quelques photos.

La descente vers St Georges de Luzençon est longue, très longue et déjà je sais que je ne pourrais pas me lâcher histoire de

ne pas me faire plus mal. Même si mon allure baisse un peu, je suis toujours pas mal et mon tendon est au top du top.

La météo s’améliore, et le village de St Rome de Cernon est avalé facilement avant d’attaquer la terrible côte de Tiergues.

Histoire de continuer dans mon obstination, je continue à vouloir courir car pour l’instant je me sens bien comme ça et même

si mon pote Olivier me rattrape lui aussi je ne change rien jusqu’au sommet alors que, avec le recul, j’aurais dû être moins

bête!

Là où les choses se gâte franchement c’est quasiment au moment de prendre la longue descente vers St Affrique qui va finir

de m’achever dans ma belle aventure. je croise Damien qui remonte assez facile pour un chrono final qui sera

énorme. Pour moi chaque foulée est un coup de poignard et il me faut m’arrêter pour me faire masser afin d’espérer pouvoir

repartir tout simplement. Le moral vacille sérieusement et il faut tout le travail des kinés pour me remettre sur pied en moins

de 10′. Il en faudra encore quelques une pour pouvoir recourir en serrant les dents.

J’utilise mon Cyrano à moi pour remonter, je cours l’espace de 2 poteaux électriques et je m’arrête 1 puis 3/1 et je reprend à

courir alors que je devrais m’accrocher au ballon des 12h pendant que je suis encore bien mais non !!!

Ma montre s’arrête au bout de 72km et 7h56′ de course me laissant seul avec mon désespoir.

Je ne vous raconte même pas la descente de Tiergues, ni celle du Pont de Millau car les douleurs étaient encore plus fortes à

chaque fois. Je vais mettre 4h22′ pour faire 28kms et serrer les dents pour finir après le 95éme, 96éme, 97éme, 98éme,

99éme où une bénévole se fera agressé par 2 alcolos avinés qui ne supportaient pas qu’on les arrête et qu’elle touche leur

voiture. je me suis arrêté, j’ai bien failli prendre un coup de boules mais le regroupement de coureurs et d’accompagnateurs

qui se sont tous arrêtés a fini par les faire partir.

La délivrance enfin…!

J’ai beaucoup souffert c’est vrai mais j’ai atteint mon objectif, je ne regrette rien même si après coup on peut toujours refaire

le monde mais quand on sait qu’il y a 15 jours, je ne pouvais pas courir faut quand même relativiser.

De 574éme au Marathon, je me retrouve 456éme au final.

Bilan alimentaire : 2 oeufs, 3 soupes, 3 cafés, 1 tranche de pain, du pâté, de l’eau et jamais dans la faim ou la faiblesse.

Je suis surtout fier de ce que Béatrice a accompli en pulvérisant son record tout en rentrant dans le Top 15 féminin et 4éme

M2!

Avec Olivier revenu de très loin qui lui aussi met 30′ à son ancien record!

Je reviendrais pour le 50éme en espérant faire mieux.

Merci à ma femme pour son soutien, à William pour ses encouragements, à Christian et à Hélène pour les photos et à tous les

copains d’être toujours là pour partager des moments comme ceux là

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