Un touche à tout boulimique du bitûme mais tellement attachant : Giao

Tout d’abord, petite présentation?
Je m’appelle Giao (prononcez « Yao ») et je suis un fou de course à pied depuis peu finalement, mars 2010.Pendant six ou sept ans j’étais simple coureur du dimanche, je suis passé au statut de runner grâce à la rencontre d’un triathlète Waldy qui m’a ouvert la voie au noble art de la technique du pied, des sorties variées, des fractionnés et autres exercices éducatifs. Avant je courrais à peine une heure aux Buttes Chaumont avec mon ami Jean-Noël et on s’enfilait un coca et une bière au bar du coin pour nous remettre de nos émotions.

Comment en es tu venu à la course à pied ?
Par mon travail – je suis travailleur itinérant – je fais beaucoup de déplacement et de restaurants, j’ai pris jusqu’à dix kilos et à trente ans j’avais l’impression d’en avoir dix de plus, d’autant que mes lunettes s’enfonçaient bien dans mes joues. Dans ma famille c’est mon frère Bao de deux ans mon cadet qui a énormément couru : il a fait le marathon de Paris, le semi, la Transbaie, le Paris-Versailles et je me rappelle encore quand il allait faire une course, toute la famille l’accompagnait au départ et le félicitait à l’arrivée. Quand j’y repense je me dis que c’est extraordinaire d’avoir assisté à toutes ses courses tout en songeant que je ne serai jamais capable d’en faire autant. Je me sentais trop lourd pour la course à pied, pas capable de tenir plus de dix minutes d’affilée. Et c’était le cas car une des premières fois où j’ai couru avec mon frérot, j’étais en sueurs et je voulais rentrer car j’étais en surchauffe alors que l’on courait depuis seulement cinq minutes. J’ai d’abord couru pour perdre du poids, aujourd’hui j’essaie de maigrir pour courir plus vite.

Qu’est ce qui t’as motivé à choisir ce sport plutôt qu’un autre?
Le côté pratique, il suffit d’un short, d’une paire de baskets et on peut s’élancer à n’importe quel moment du jour ou de la nuit.
Je me sens plutôt bien quand je cours longtemps et que j’entre en autohypnose, c’est comme pratiquer le yoga.

Comment choisis tu tes courses?
Après 2010, j’ai eu comme une boulimie de course, j’étais en crise et avec à peine deux marathons dans mon escarcelle – Paris en 2009 et Nice-Cannes en 2010 – je me suis mis en tête de faire les 100 km de Millau. J’ai donc entrepris de faire un maximum de courses pour accumuler les kilomètres jusqu’au but ultime de l’année. J’en ai fait vingt-trois au total et j’ai pu avec bonheur terminer les 100 km de Millau le 24 septembre 2011. Mais j’en ai fait beaucoup surtout pour suivre les copains copines qui s’étaient inscrits sur des courses à droite à gauche. Je voulais les accompagner et partager avec eux le plaisir des grandes occasions.
En 2012, j’ai séparé ma saison en deux temps : le premier semestre où j’aspire à battre mes records sur 10, semi et marathon et le second semestre qui me mènera avec un kilométrage de folie jusqu’à La Réunion où j’espère boucler la Diagonale des Fous.
Faire trop de courses est mauvais dans le sens où l’on n’a plus de temps pour s’entrainer et l’on décroit forcément dans ses performances à cause des tranches qui précédent les courses où l’on doit faire du jus.

Suis tu des plans d’entraînement spécifiques?
Jusqu’à maintenant je n’en ai suivi aucun, j’ai suivi quelques principes directeurs dans ma préparation. Dans la semaine un fractionné court et un fractionné long suivis d’un footing léger de récup la fois d’après, jamais deux fractionnés à la suite, une ou deux sorties longues et pour les grandes courses de 80 km ou Millau, accumuler de 80 à 100 km par semaine pour être sûr que mes jambes puissent tenir le choc le jour de la course.
Pour 2012 j’innove avec deux plans que je vais suivre, l’un pour améliorer ma vitesse sur 10 km et l’autre pour mieux terminer le Marathon de Paris.

Comment concilies-tu ta vie familiale et professionnelle avec la CAP?
J’ai un travail très prenant qui m’oblige à me déplacer et à faire pas mal d’horaires que ce soit au bureau ou dans la chambre d’hôtel ou parfois chez moi le week-end.
Pour pouvoir courir je projette un peu à l’avance les jours où je vais courir et l’avantage est que je peux courir à peu près n’importe quand, que ce soit à 5h du matin pour faire une sortie longue de 23 km ou bien le soir après le boulot ou même après un bon repas au restaurant et quel que soit le temps.
Je peux tenir quelques jours sans beaucoup de sommeil mais je dois les récupérer sous peine de ressentir une grosse fatigue.

Où se trouve ton parcours préféré pour courir ?
J’aime bien courir le long de l’eau, que ce soit sur les bords de la Seine ou à côté de la mer. J’ai un parcours que j’aime bien qui part du Musée du Louvre et qui longe toute la Seine par les quais face à la place de la Concorde, le Pont Alexandre III, la Tour Eiffel jusqu’à l’Île Saint Germain et que je parcours sur une rive à l’aller et sur l’autre rive au retour en passant par le pont de l’Île Saint Germain.

Tu préfères courir en club ou seul dans ton coin?
J’ai infiniment plus de plaisir à courir avec des copains pour échanger, discuter. Il y a l’émulation, la possibilité de courir avec plusieurs groupes selon la forme et le niveau du moment.
Je cours avec Jacky, Béné, Xavier, Stéphane et un groupe de l’Aérospatiale qui fait le tour du Bois de Boulogne tous les samedis à 8h du matin ; on fait 13 km et parfois on a droit à une collation. Ensuite je rejoins mes amis de Montsouris à 10h pour une série de fractionnés que j’organise avec Emilie au stade Elisabeth vers la Porte d’Orléans. Le dimanche je cours avec Abi, Julien, Monique et l’équipe du Nike Running Club sur les Champs Elysées et vers les Tuileries. Vu le volume de kilomètres dans la semaine – entre 60 et 80 – Je cours énormément seul alors je ne rate pas une occasion de courir avec des camarades de jeux.

Que t’as apporté la Runnosphère?
J’ai rejoint la Runnosphère en avril 2011 et j’ai rencontré tout plein de gens qui partagent les mêmes valeurs que moi : la sincérité, la gentillesse, l’humilité et qui sont également quasiment aussi fous que moi et auprès de qui je n’ai pas l’impression de passer pour un autiste de la CAP.
J’ai fait de très belles rencontres comme Maya qui m’a accompagné à mon départ du train pour la SaintéLyon et Salvio qui m’a prêté sa balise GPS pour que mes amis puissent me suivre en direct live sur la course pendant cette nuit magique. J’aime bien les moments de partage et d’amitié que je vis quand je retrouve les membres lors d’une course ou pendant la fameuse Pasta Running Party.

Quel est ton plus grand souvenir de coureur ?
L’image qui me vient immédiatement est mon arrivée au marathon de Paris 2009 en 5h03. Je courais en coton et dans un short pas du tout adapté et déchiré qui me cisaillait les cuisses, avec des baskets toutes cassées que je portais depuis deux ans, un vrai touriste.
Je n’ai jamais eu plus mal pendant une course mais quel bonheur, quelle euphorie que d’avoir gagné ce titre de marathonien.
Avant cela voulait dire quelque chose, maintenant quand tu dis que tu as couru un marathon on te demande toujours : « en combien ? ».C’est un peu triste cette banalisation de ce qui reste quand même un très beau challenge personnel.

Ta 1ère course c’était où et à quelle occasion?
Ma toute première course c’était le 17 octobre 2004, les 20 km de Paris avec mon frérot que j’ai bouclés en 1h56m09s. Comme toute première course, on se moque du temps et l’essentiel est de terminer. C’est l’inconnu car on n’a jamais effectué une telle distance et on ne sait pas si on arrivera au bout. Je me souviens m’être beaucoup entraîné en vue de cette course en tapis roulant car j’avais un abonnement au Gymnase Club et lors d’une séance, j’avais même tenu deux heures pour faire toute la distance, c’était interminable.
Une fois la ligne passée, on est tombés dans les bras l’un de l’autre et cela reste un grand souvenir également, je suis content de pouvoir partager avec mon frérot sur ma passion pour la course.

As-tu un modèle de sportif et pourquoi lui ou elle?
Quand il courait encore, j’aurais dit que c’était mon frère car il sortait toujours qu’il pleuve, vente ou qu’il fasse froid chez nous à Magny-en-Vexin pour faire ses 17 km quotidiens.
J’ai suivi Serge Girard au jour le jour quand il a fait son tour d’Europe en 2010 et j’ai même eu l’occasion de courir avec lui à l’INSEP pour son tout dernier jour.
J’aime bien aussi Bob Tahri et Christelle Daunay que j’ai rencontrée au Nike Running Club car ce sont des grands champions qui restent simples et accessibles, même hors caméra, toujours disponibles pour nous donner des conseils pour améliorer encore plus nos performances de runners amateurs.

As-tu un objet essentiel ou un porte bonheur ?
J’ai un tee-shirt vert fluo et bien délavé, floqué aux couleurs de l’association Enfants Du Mékong que l’on m’a donné pour les 20 km de Paris où je suis passé d’une année sur l’autre de 1h50 à 1h40 en 2010, j’étais fou de joie. Il me porte bonheur et je l’ai eu sur moi pour les grandes occasions : l’Eco-Trail, la SaintéLyon et les 100 km de Millau.

Un conseil pour ceux qui débutent ?
Démarrer progressivement et sérieusement, ne pas s’impatienter si les résultats ne viennent pas tout de suite, il faut un processus de maturité du corps avant de vraiment voir les performances et les records personnels tomber.

Quel est ton rêve ou la course mythique à laquelle tu rêves de participer et pourquoi ?
Je rêve de faire le marathon le plus prestigieux au monde, celui de New-York mais je sais que ce ne sera pas un challenge en soi.
Ce qui me fait envie aujourd’hui c’est La Diagonale des Fous que je rêve vraiment d’accrocher à mon tableau de chasse.

Quelle est ta performance dont tu es le plus fier?
Bien que je n’ai pas couru cette pendant toute la course, je suis ultra-fier d’avoir acquis le titre de 100 bornard le 24 septembre 2011 pour la 40ème édition 100 km de Millau.

Quel regard portes-tu sur les courses d’aujourd’hui?
Il y a deux faits marquants liés à la course à pied. De prime abord, l’engouement pour la course à pied touche tous les types de population. Les plus humbles peuvent rivaliser avec les puissants, cela permet de mettre tout le monde sur un pied d’égalité. Par ailleurs, le monde du running est tout petit. Quel que soit l’endroit de France où je participe à une course, je retrouve des amis runners croisés sur tel ou tel site de réseau social. Par ailleurs le marathon est la seule discipline sportive où l’on peut prendre le même départ que les meilleurs athlètes mondiaux.
Après certaines organisations abusent il est vrai sur les frais d’inscription d’autant qu’elles se font largement sponsoriser, assister par des centaines de bénévoles. Le côté fric et opportunité existera toujours, je préfère continuer à voir le bon côté qui est la convivialité et la possibilité de partager de bons moments.

Ton prochain objectif c’est quoi et où?
Mon objectif 2012 c’est de courir plus vite sur 10 km, semi et marathon comme chaque année avec pour point culminant le mois d’octobre 2012 où je tenterai de terminer le Grand Raid de l’Île de la Réunion.

Si tu ne courais pas, tu ferais quoi?
Je ferais du théâtre, du piano ou bien je me remettrai à la danse, j’ai suivi des cours de rock, je me perfectionnerais bien en salsa.

La question qui tue :

Tu préfères le sport ou la culture?
La culture, hormis la course à pied je ne m’intéresse pas trop aux autres disciplines, je ne suis ni foot ni rugby mais j’aime bien suivre l’athlétisme à la télé. Je suis plus cinéma et théâtre que matches de sport.