Manu est mon nouveau « collègue » de club mais c’est aussi quelqu’un de super sympa et de particulièrement performant.

Pourquoi la course à pied et plus particulièrement l’Ultra?

La course à pied car c’était un bon complément pour le judo que je pratiquais plus jeune. Lorsqu’il fallait perdre du poids pour être dans la bonne catégorie en compétition, c’était le meilleur moyen pour une perte de poids rapide.
Le choix de l’ultra distance en course à pied est simplement du au fait que depuis mon plus jeune âge je passais mes vacances d’été dans l’Aveyron. En 1985, à 16 ans, j’ai demandé à mon père de m’inscrire aux 100km de Millau. Le « virus » était présent; c’était le départ pour une longue période qui continue aujourd’hui.


Comment en es tu venu à faire le 24h?

J’avais fait de nombreux 100km, alors c’était l’étape supérieure en terme d’objectif. Voir ce que j’étais capable d’accomplir. Un copain de club Stéphane Halbaut avait participé aux 24h de Saint Fons et cela m’a incité à faire ma première expérience en circadie à Plouvorn en août 2006 où je termine quatrième avec 192km. Quelques mois plus tard, je participe et j’invite Anne Cécile à le faire également aux 24h d’Aulnat pour la première édition. Anne Cécile et Stéphane remporteront cette première édition en terre Auvergnate. C’était le début d’une bien belle histoire et d’une sacré aventure sportive et humaine.

Suis tu des plans d’entraînement spécifiques ou ton expérience te suffit-elle à préparer tes objectifs ?

Je me suis toujours entraîné seul jusqu’en novembre 2009. A Monaco je réalise « les minimas » pour intégrer l’Equipe de France. De ce fait, je demande à Jean François PONTIER qui a su amener Anne Cécile au plus haut sommet mondial sur 24 heures de me prendre en charge également. Depuis, je n’ai fait que progresser sur 10km, marathon, 100 km et 24h.
Comment concilies tu ton boulot avec tes sorties souvent longues (j’imagine)?

C’est un aspect difficile de la pratique d’un amateur à haut niveau. Il faut sans cesse jongler au niveau de l’emploi du temps et les efforts puis sacrifices deviennent pesants à la longue. Nombreux sont les jours où je remplace la pause déjeuner par un entraînement. Parfois, le réveil sonne très tôt pour aller courir. Le week-end, il faut systématiquement arriver à caser la sortie longue en période de préparation. Bref, ce n’est pas toujours facile de tout concilier justement entre famille, travail et entraînement. Mais je sais aussi que c’est le quotidien de nombreux athlètes amateurs.
As tu des coureurs ou coureuses que tu suis ou entraînes?

Je participe actuellement à une formation d’entraîneur hors stade car je sais que ma pratique à haut niveau s’achèvera et j’aimerais aider ceux qui y rentrent. J’aime le milieu de la course à pied longue distance; les rencontres, le partage, la convivialité et ce malgré la compétition (même si je considère que l’on se bat avant tout contre soi même sur longue distance). J’ai assisté quelques coureurs sur 24h dont Chantal TREGOU qui réalise la troisième perf française de l’année sur 24h, mais à ce jour, je ne suis pas « coach », seulement assistant.
De plus, par le biais de notre blog ou sur le forum ADDM, de nombreuses questions me sont posées alors j’essaie d’y répondre, mais ne prétend pas détenir la vérité. Ma grosse satisfaction, sur cet aspect de l’entraîneur, c’est d’avoir planifié l’entraînement d’Anne Cécile jusqu’au Championnats du Monde 2008 à Séoul où elle terminera deuxième à 400m seulement derrière Anne Marie VERNET.

Où se trouve ton parcours préféré pour courir ?

Pour des raisons pratiques, autour de la maison, des circuits plats de 2,4km à 20 km. Ce que j’apprécie, c’est partir à la découverte des alentours en courant lorsque je suis en déplacement et notamment lorsque nous partons en voyage en famille.

Tu préfères courir en club ou seul dans ton coin?

Je suis resté fidèle à mon petit club de Pérols Footing qui s’est affilié à la FFA en 2009 lorsque j’ai eu le potentiel pour intégrer l’Equipe de France. Si l’on considère seulement l’aspect financier, ce n’était pas un choix très judicieux de rester au sein d’une si petite structure, car mon Président et ami galère pour m’obtenir de modestes subventions, mais heureusement, je n’ai pas besoin de cela pour assumer financièrement mon quotidien et celui de ma famille. En revanche, l’aspect humain est primordial dans ma pratique, et même si aujourd’hui, je suis un athlète avec une performance de niveau international A sur 24 heures, je me régale de participer à des épreuves plus modestes avec mes copains de club et autres personnes rencontrées au fil des ans. Le problème c’est que ce n’est pas toujours facile à placer dans nos plannings d’entraînement. L’hiver dernier, j’ai fait un off de 100 km dans l’Aveyron avec 4 autres coureurs; c’était génial!

Quel est ton plus grand souvenir de coureur ?

Difficile de répondre car j’ai connu de magnifiques moments de vie après toutes ces années de pratique et j’espère qu’il y en aura encore beaucoup que ce soit en tant qu’athlète, assistant/entraîneur ou simple spectateur. Les Championnats du Monde 2010 de 24 heures à Brive resteront un grand souvenir pour de multiples raisons, notamment grâce à la présence de notre famille proche et de nos amis, en plus du deuxième titre mondial individuel pour Anne Cécile et de ma belle place au classement général et par équipe.

Ta 1ère course c’était où et à quelle occasion?

Il y a eu une première expérience sur une petite course lorsque j’avais douze ou treize ans. Ensuite , ce fut ce premier essai non transformé aux 100 km de Millau en 1985 où j’abandonnerai au 70ème kilomètre. Cela me motivera pour réussir l’année suivante à boucler en 13h50.

As tu un modèle de sportif et pourquoi lui ou elle?

Pas vraiment de modèle, mais des personnes que j’admire pour ce qu’ils/elles ont été capable de faire sur le plan sportif, mais aussi en raison de leurs qualités humaines.

As-tu un objet essentiel ou un porte bonheur ?

Absolument pas, je ne suis pas fétichiste; en revanche, j’essaie de conserver une trace de ce qu’Anne Cécile et moi avons réalisé en me disant que plus tard, cela fera peut être la joie de nos enfants.

Un conseil pour ceux qui débutent ?

Il est simple: « Courir, cela doit être avant tout du plaisir, même en ultra distance. »

Quel est ton rêve ou la course mythique à laquelle tu rêves de participer et pourquoi ?

Je ne sais pas vraiment, j’aimerais bien tenter un 48h voir un six jours, ou dans un autre domaine un Spartathlon ou encore une Trans Gaule. Mais si cela devait être le cas, ce serait sans recherche absolue de la performance, sans la pression du résultat car dans ce cas là, la part du plaisir est forcément moindre.

Quelle est ta performance dont tu es la plus fier?

Je ne sais si je peux employer le mot fierté; disons que je suis pleinement satisfait de ma progression ces dernières années et que le travail a porté ces fruits. Hélas, mais il faut rester réaliste, cette pente ascendante en terme de résultats sportifs s’arrêtera un jour.

Quel regard portes tu sur les courses d’aujourd’hui?

Il y a deux mondes; les athlètes de la piste et le hors stade (mise à part le trail qui se professionnalise peu à peu). Je n’en dirai pas plus!

Que faudrait-il faire pour revenir aux courses plus conviviales et moins commerciales?

Sur l’aspect commercial, je n’ai pas d’opinion sur le sujet, je ne suis pas organisateur et ne maîtrise donc pas tous les paramètres.
Pour ce qui est de l’aspect convivial, il suffit de se rendre sur une épreuve de 100 km ou 24 heures et là, pas besoin de long discours. Nous partageons la même activité avec autant de plaisir les uns que les autres et ce quelque soit notre niveau de pratique.

Que faudrait-il faire pour rendre ta discipline plus médiatique?

Je n’ai guère de solution. A ce jour, pour la pratique à haut niveau, comme je le dis régulièrement, il appartient aux athlètes de 24h de faire la promotion de la discipline. Avec si peu de médiatisation télévisuelle, il ne peut y avoir que peu de partenaires privés. J’en profite pour remercier la société Nutratlétic, spécialisée en nutrition sportive, qui nous fournit en produits. En ce qui me concerne, je trouve frustrant et désolant de pratiquer au niveau mondial et que cela me coûte de l’argent. Mais c’est ainsi et je ne crois pas que cela changera de si tôt tant que les « gros » médias ne s’y intéresseront pas davantage. Où alors, il faudrait rendre cette discipline olympique… heu pardon, je rêve!

Ton prochain objectif c’est quoi et où?

Ce devrait être un 24 heures sur piste de 400m à Taipeï début décembre auquel Anne Cécile et moi avons été invités. Là encore, il faut dans un premier temps obtenir un accord de l’employeur pour un congé à titre exceptionnel ou un congé sans solde. Ensuite, il faut « digérer » la période de préparation et ne pas se blesser. Il faut également jongler avec famille et amis pour s’occuper des enfants pendants notre absence. Et enfin, il faut arriver le plus frais et dispo possible pour être performant.

Son blog : http://annececileemmanuelfontaine.blogspot.com/