Vainqueur exceptionnel des 24h de VIERZON avec plus de 227kms (227.645 exactement), pour sa grande première, pas mal non?

Pourquoi la course à pied et plus particulièrement l’Ultra?
Etant jeune j’étais assez sportif : gym entre 6 ans et 12 ans, puis cyclisme jusque vers 17 ans. J’ai continué un peu le vélo pendant mes études mais juste pour le plaisir, puis j’ai arrêté à 21 ans à cause d’un souci de cartilages du genou (je ne peux d’ailleurs plus pratiquer ce sport).
Puis plus aucun sport sérieux jusqu’à 39 ans en 2005 où j’ai commencé à courir (à défaut de pouvoir rouler…) pour perdre du poids au départ, mais j’y ai vite pris goût.

L’ultra correspond bien à mon coté un peu introverti et nécessite davantage de patience et de rigueur qu’un véritable talent. Je préfère largement gérer ma course et courir zen que me défoncer pour « taper un chrono » même si je me fixe parfois des objectifs.
En outre l’ambiance et la convivialité entre coureurs de tous niveaux, accompagnateurs, organisateurs, … existe bel et bien, ce qui n’est plus trop le cas sur les grosses courses médiatisées.

 

Comment en es tu venu à faire le 24h?
Depuis que j’envisage de faire le Spartathlon (cette idée me poursuit depuis 2010), j’ai un peu planifié les étapes pour y parvenir et le 24H est un format intéressant tant de part la durée de course que la facilité logistique.
M’étant testé sur 6H puis 12H, il s’avère que les courses horaires sont des courses qui me plaisent en elles-mêmes, de part la convivialité et la proximité permanente avec les organisateurs, les bénévoles, les copains venus aider pour l’assistance, les autres coureurs ou marcheurs de tous niveaux.

 

Parles nous de ta victoire à Vierzon, à partir de quel moment tu as su que c’était gagné?
Je suis parti à Vierzon avec pour seul objectif de découvrir cette durée de course qui fait le double de ce que je connaissais jusqu’à présent, en espérant pouvoir passer la nuit sans m’arrêter, et si possible faire une marque de plus de 200 km, voire proche de 215 km si tout se passait bien.
Je suis donc parti sur une base de 10 km/h, vitesse que j’ai quasiment tenue sur 18 heures. Je ne me suis pas occupé du classement pendant ce temps, seulement de bien respecter ma vitesse tout en m’alimentant et en m’hydratant régulièrement.
Je jetais tout de même un regard au classement mis à jour toutes les 30 minutes, mais plus par distraction, je suis passé en tête peu après la mi-course, puis j’ai pris assez vite 10 tours d’avance.
Vers 5H du matin (18 heures de course), je suis passé dans un état que je ne connaissais pas encore en course à pied, très grosse fatigue, envie de dormir, dur d’avancer, pourtant tout allait toujours bien coté musculaire, tendineux, et digestif. J’avais juste envie de m’allonger sur le coté du circuit, mais malgré une lucidité diminuée, j’ai eu la force de continuer à trottiner, grâce aussi aux encouragements à chaque passage dans le hall, notamment de Jean-Jacques qui m’assistait et de Renaud (tous deux du forum ADDM). A ce moment là, je ne m’occupais plus vraiment de vitesse ni de classement, juste d’avancer. Je n’ai jamais pensé à abandonner.
Puis au lever du jour (21 heures de course), c’est reparti petit à petit, les sensations sont revenues, une sorte de renaissance, c’est à ce moment là, constatant que j’avais toujours la même avance que j’ai envisagé la possibilité de gagner.

 

Comment construis tu ta préparation au point d’être aussi méticuleux ?
Après chaque objectif majeur, soit 2 fois par an, j’analyse tout ce qui a été et tout ce qui a été moins bien, et je modifie ma préparation en conséquence, idem pour la gestion de course.
Bien entendu pour pouvoir le faire, il faut tout noter à l’entraînement, écrire des compte rendus de course assez précis avec un maximum de données (temps de passage, hydratation, apports énergétiques, …)
Améliorer une somme de petits détails fait davantage progresser en ultra qu’élever sa VMA de qq dixièmes (évidemment il ne faut pas s’en priver si on peut l’augmenter sans y laisser de plumes), et ne coûte aucun autre effort qu’intellectuel.

 

Comment concilies tu ton boulot avec tes sorties souvent longues?
En semaine, je ne m’entraîne quasiment que le soir, et je pars souvent du bureau en courant, ainsi je suis échauffé en arrivant au stade.
Le gros de l’entraînement en volume se passe le weekend, c’est avant tout une affaire d’organisation familiale: le samedi je prends l’horaire qui me reste, le dimanche j’y vais tôt.

 

Partages tu des conseils ou des entraînements avec des coureurs en particulier?
Bien sûr, c’est même une de mes motivations essentielles. Je participe au forum ADDM de Bruno Heubi où se retrouvent nombre de passionnés d’ultra marathon pour échanger sur ce sujet. Ceci donne lieu a de belle rencontres à l’occasion de courses et des liens d’amitiés se créent.
J’ai aussi un blog (http://jp75018.blogspot.com) où je mets mes compte rendus de course, mes plans d’entraînement, ainsi que quelques articles qui j’espère peuvent aider quelques coureurs. cela a commencé par un dossier sur le Spartathlon.

 

Où se trouve ton ou tes parcours préféré pour courir ?
Je m’adapte afin de minimiser les temps de trajet, par exemple partir du bureau en courant. Le soir en semaine je m’entraîne essentiellement au stade Dauvin à Paris 18e (piste de 300m et parcours type circuit 24H mesuré). Le cadre n’est pas très glamour en bordure du périph, mais j’aime avoir des repères, de plus il n’y a pas trop de monde, seulement quelques personnes motivées. J’évite des endroits comme le Parc Monceau où on a l’impression que beaucoup de joggers viennent davantage pour se faire voir que pour prendre plaisir à courir.
Le dimanche par contre je sors de Paris pour ma sortie longue, souvent au Parc de Saint-Cloud car c’est assez vallonné et pas trop loin. Là effectivement je profite du cadre qui est magnifique.
Tu préfères courir en club ou seul dans ton coin?
Je cours le plus souvent seul, mais comme je suis en club (XVe Athletic Club), je vais parfois à l’entraînement, je pense y aller davantage cet hiver. C’est sûr que c’est plus sympa de pouvoir discuter avant et après la séance bien que ça ne me gêne pas de courir des heures seul.

 

Quel est ton plus grand souvenir de coureur ?
Quand je franchis la ligne d’arrivée sous les 3 heures au marathon Nice-Cannes (Novembre 2009).
Mais je pense que les plus beaux sont à venir!

Ta 1ère course c’était où et à quelle occasion?
Un 10 km en avril 2006 à Eaubonne (soit un peu moins d’un an de course à pied) sans entraînement spécifique, j’ai mis un peu plus de 44′ et ça m’a vraiment donné envie de progresser en voyant que beaucoup de coureurs plus âgés allaient bien plus vite que moi.
L’ambiance de ce genre de petite course m’a également séduit.

 

As tu un modèle de sportif et pourquoi lui ou elle?
Emmanuel Fontaine car c’est le type même su sportif accessible, modeste, et sympa tout en ayant un haut niveau! De plus je m’inspire de sa façon de gérer sa course, et mon temps passé à l’entraînement est assez proche.
On peut aussi parler de Yiannis Kouros dont j’admire le niveau qu’il a atteint (c’est une autre planète!), mais surtout l’harmonie physique / mental qu’il a pu développer.

 

As-tu un objet essentiel ou un porte bonheur ?
Je ne cours jamais sans casquette quelle que soit la météo (à part un bonnet s’il fait trop froid), sinon j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose!

 

Un conseil pour ceux qui débutent ?
Y aller en douceur, progressivement, savoir lever le pied et récupérer plutôt que penser qu’on va progresser en se faisant systématiquement mal.
Surtout être humble et patient, ne pas vouloir brûler les étapes si on veut durer.

 

Comment en es tu arrivé à rêver du Spartathlon ?
Dès que j’ai entendu parler de cette course fin 2009 sur le forum ADDM, je suis allé voir le site, trouver des photos, et surtout des vidéos, il y m’a semblé évident d’y participer (et de terminer) un jour!
Depuis 2010, je planifie chaque saison en fonction de cet objectif, afin de franchir des étapes et d’y parvenir pour l’édition de Septembre 2013.
Pour le moment, tout va bien…

 

Quelle est ta performance dont tu es la plus fier?
Sans doute mon marathon Nice-Cannes 2009 (première fois, et unique car je n’ai plus couru de marathon en performance depuis), car j’ai maîtrisé la course de bout en bout tout en faisant un negative split.
Evidemment ma performance aux 24H de Vierzon me satisfait, mais il reste des points à améliorer.

 

Quel regard portes tu sur les courses d’aujourd’hui?
N’étant pas très ancien dans la course à pied, je suis mal placé pour répondre « c’était mieux avant ».
Mais il semble quand même que l’on s’éloigne parfois de la simplicité de la course à pied pour aller vers le coté superficiel et consumériste (on achète une course en tant que produit avec un « package » tout compris).

 

Que faudrait-il faire pour revenir aux courses plus conviviales et moins commerciales?
Si on parle d’ultra sur route, c’était sans doute plus simple avant (je ne connais pas depuis longtemps), mais cela reste très convivial.
Je pense que c’est aux coureurs de boycotter les épreuves de masse si elles ne leur plaisent pas, il y a suffisamment le choix dans des courses à taille humaine, très bien organisées et d’un tarif abordable, ceci sur toutes les distances.

 

Que faudrait-il faire pour rendre l’ultra sur circuit plus médiatique?
Ta question est un peu contradictoire avec la précédente…
Les courses horaires se portent plutôt bien en France vu le nombre d’épreuves qui augmente chaque année.
Ce succès passe par les bons résultats des équipes de France (malheureusement pas du tout médiatisées vu les nombreuses médailles), et aussi par le bouche à oreilles car en général les coureurs qui goûtent à ces « courses de hamster » en reviennent avec d’excellents souvenirs!
Je ne vois pas l’intérêt de trop médiatiser une discipline pour finir avec des « teams » d’équipementiers et des primes comme sur certains trails, ce qui dénaturerait l’esprit de ces événements où tout le monde est traité à égalité.

Ton prochain objectif c’est quoi et où?
Le semi de Paris en Mars 2012, et en ultra les 100K de Belvès en Avril 2012 (championnat de France).

Son blog : http://jp75018.blogspot.com