Samedi 10h :

Je débarque place des Terreaux pour récupérer mon précieux sésame : Un dossard pour le

35kms du Lyon Urban Trail !

Quel bonheur ! Déjà je savoure. Il m’aura fallu attendre 3ans pour prendre le départ de cette

classique. Blessée les 2 précédentes éditions, en 2016 je check mon inscription pour de bon !!!

Un détour par le Salon du running, je retrouve Thierry Pasquier et son pain du Montagnard, je

discute longuement avec Martine Raymond, je rencontre de nouvelles têtes et nous

échangeons autour du monde de la course : C’est aussi ça le trail !!! Non pas seulement une

course mais plutôt un événement, des rencontres, un partage.

Retour à l’hôtel pour une loooooongue journée d’attente. Demain, il y aura beaucoup à faire.

Dimanche 6h30 :

Je retrouve de nouveau la Place des Terreaux, mais sous un autre angle. La ville rejette son flot

d’odeurs issu d’une nuit qui a dû être festive. Des bouteilles vides, des canettes cassées et des

détritus de tout type jonchent le sol de cette place : Bienvenue dans un autre monde !!

Je débute mon footing. Mon regard se détourne vers un inconnu. Il sort tout juste d’un vendeur

de Kébab : « Bonne soirée mec’ !! ». Je laisse échapper un sourire : Il est 7 heures du matin.

Maintenant, le décor est posé, et au cas où je l’aurai oublié : Ce matin, c’est Urban Trail, on court

en ville, on change de terrain de jeu !!

7h30

Le départ est lançé. 1550m de dénivelé positif à avaler dans un paysage urbain, voyons à quoi

ça ressemble….

Je vais très vite le savoir !! Dès les premiers hectomètres, nous commençons à grimper. Une

ascension faite de marches d’escalier : ce sont les premières d’une longue série.

Inès Marquès est à mes côtés. La portugaise mène le train ; et quel train !! Ca va vite !! Info ou

Intox ?!? De toute façon, pas le choix, il faut suivre. Mais tout au mieux, nous courons côte à

côte.

Dans notre proximité, je perçois son souffle, ou plutôt, je devrais dire que je ne l’entends pas

respirer. Et moi, je suffoque déjà.

Km 4

Je croise Philippe Propage et je n’ai pas la tête des grands jours. A ce stade, j’ai déjà jugé mon

adversaire :

– Elle grimpe bien

– Elle roule vite sur le plat

– Elle descend très vite.

De mon côté :

– Les montées : OK

– Le plat, je la suis et elle m’épuise

– En descente, elle m’explose !

Bref : Inès : 1 / Lucie : 0

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Passage vers le 4ème kilomètre

Km 7

Inès passe le ravito la première. Je la suis de peu. Nous ne nous arrêtons pas. Inès a décidé

pour moi que nous n’avions pas le temps (Rires) ! Je continue à sa poursuite.

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Km 15 : Ravito 2

C’est à mi-course et donc à ce ravito que j’avais décidé de changer de KamelBag. Phi me l’enfile

sur les épaules. Il me parle, je l’écoute et je ne réponds rien. Je ne sais pas quoi dire….

Nous sommes à mi-course, je n’ai toujours pas trouvé la solution à mon problème : Inès !

A l’allure où elle court, je me dis depuis le début : « T’inquiète, elle va ralentir, elle ne tiendra pas

comme ça jusqu’à l’arrivée. Suis-la, elle lâchera avant toi ».

Et pourtant, après 15 kilomètres de course, elle ne m’a encore montré aucun signe de faiblesse,

pas la moindre hésitation ! Jamais elle ne s’est retournée pour voir où j’étais. Très sereine, elle

maitrise SA course, sans se préoccuper de moi.

Moi : « Quand est-ce que ça monte ?!? Il faut que ça monte, c’est le seul moyen de repasser

devant ».

« Ah génial, une descente !! » : Voila que les 20 secondes que je viens de lui reprendre dans la

montée se transforme de nouveau en 1 minute de retard en bas de la descente !! ».

Il faut dire que depuis 3 semaines, je traine une pov’ douleur qui me fait souffrir en descente.

Foutu releveur du pied !!! Décidément, déjà que je suis super douée pour descendre, il ne

manquait plus que ça !!! Dès le km 10, cette douleur ne me quittera plus dans les descentes, je

suis donc en mode « super escargot », yeah !!!!

D’ailleurs, c’est bien moi, qui, après une bonne dizaine de kilomètres lâchera du lest et la

laissera prendre le large. Et avec la solitude qui s’installe progressivement, mon esprit continue

de bouillir :

Moi : « Enjoy !!! Tu es sur le LUT »

« Depuis le temps que tu le voulais »

« Il fait beau, la ville est belle »

« Eh oh !! La course n’est pas finie,

Le tracé est magnifique, les bénévoles sont en nombre et nous soutiennent quand nous

passons, les spectateurs aussi :

« Allez !! Elle est à 1 minute ! »

«  Elle est à 40 secondes ! »

« Elle est à 200m, même pas ! »

Ces phrases, je les ai entendues à chaque coin de rue, histoire que je reste bien éveillée ;).

Moi : « Bon ok elle est pas loin, mais purée, comment je fais maintenant !?!

« Pourquoi est-ce que je n’ai pas été capable de la coller ? Pourquoi je l’ai laissé s’enfuir, alors

que maintenant notre écart est constant ?!?

L’autre moi : « Oublies la, tu es cuite depuis les premiers kilomètres. Ecoutes comme tu

respires, tu ne la rattraperas jamais »

Moi : « Tais-toi, tu me soules !!

« 2ème, c’est bien aussi ! Tu finiras sous les 3 heures, tu auras fait une belle course ».

« Tais-toi je te dis !! Et avances !

« 2ème avec un pied en vrac, personne ne te le reprochera.. »

« Pst !!!N’importe quoi. Et d’ailleurs, au lieu de chercher des excuses à mon échec, trouves-moi plutôt

un moyen de gagner cette course !!! ».

Et quelques kilomètres plus loin…

« Assumes, aujourd’hui, tu es tombée sur plus forte que toi, c’est tout. »

« Je suis venue chercher de la concurrence ici, hors de question de laisser faire ça!! »

Les kilomètres passent. Ils défilent même !! Le temps passe vite, et si lentement à la fois. Il va falloir

s’accrocher, et jusqu’au bout. Sur les longues portions de plat, j’ai même l’impression de ne plus

maitriser mes pieds, je ne sais plus comment les poser. Je dois réfléchir à ma foulée, pour la

rendre la plus économique possible, et je cherche, je tâtonne, j’essaie et j’adapte. Sensations

étranges. Moi qui ait passé tant de temps sur les routes, j’ai perdu l’habitude de ces foulées

fluides, souples, copiées à l’identique sur tant de kilomètres.

Et ce cardio qui ne redescend pas !! Ca non plus, je n’en ai plus l’habitude !!

Moi : « Allez Lu, rattrapes là ! Tu vas y arriver ! Vas chercher cette victoire ! »

Km 27 : 3ème ravito

Tantôt Inès est hors de vue, tantôt je l’aperçois au fin fond de mon champ de vision.

« Accroches-toi, tu vas revenir !! Il faut revenir !! »

Je me remémore les mots de Philippe : Une course n’est jamais finie tant que la ligne d’arrivée

n’est pas franchie. Tout peut arriver ! Il faut se battre jusqu’au bout !

Alors je continue de pousser sur mes jambes. Voila 27 bornes que je n’ai pas marché.

Relancer souvent, dérouler sur le plat, monter en rythme.

« Inès, t’es où ? »

Jamais je n’aurai autant guetté quelqu’un. Le nez haut, le regard porté au loin, où est-elle ?

Je la perçois dans les longues lignes droites :

« Laisse tomber, c’est trop loin ! »

« Tais-toi, je vais y arriver !!»

« T’es cuite ! »

« J’ai mal, mais c’est normal, je suis venue pour ça, c’est dans le contrat ».

« Tu vas le regretter !!! Bouge-toi !! »

Km 32

J’entends une voix au loin, CETTE voix, celle de Philippe : « C’est pas loin devant, elle grimace,

elle n’avance plus ! C’est maintenant Lu, maintenant qu’il faut y aller !! Tu peux le faire !!

Je relève la tête, Inès n’est pas loin. 30 secondes tout au plus. Génial !! …Ou pas !!

Car 30 secondes, c’est rien, et c’est beaucoup à la fois !!

Plus question de trainer. Mes efforts pour rester au contact ont fini par payer !

« Allez Lulu, tu peux le faire !! »

« Oui Phi, je vais y arriver ». J’imagine déjà ma déception à l’arrivée si je ne parviens pas à la

passer si près du but !! Et je ne peux m’y résoudre, pas après tant d’efforts !

Un long escalier (l’avant dernier de la course). Je l’aperçois, mais c’est trop juste pour cette fois.

Déjà nous redescendons.

« Purée, elle me distance !! C’est pas possible !! »

Deuxième escalier (et dernier long escalier de la course !!)

« Cette fois, c’est la bonne !! Il est pour moi !! Et en plus, elle marche ! C’est partiiiiiiiiii !!!! »

50m…..30m……10m……. Je la double. Moi en courant, elle en marchant. Pour la première fois de la

course, je passe devant …. A 1,5km de l’arrivée ! Le temps s’arrête, mes repères changent.

J’entends même un spectateur parler au téléphone sur le bord de la route : « Elle vient juste de

passer devant ».

Cet escalier est long. Je ne sens même plus la douleur de mes jambes. Je sens qu’elle ne me suit

pas, elle continue de marcher dans les escaliers, je continue de courir.

Un replat. Je me retourne. Elle n’est pas là. Ce n’est pas possible, j’ai mal vu.

Avancer.

Un virage.

Ne plus réfléchir.

Deuxième virage.

Je me retourne. Pas d’erreur. Elle n’est pas là.

Foncer jusqu’à l’arrivée.

Des lacets dans les ruelles de Lyon.

Des minutes qui passent.

Je n’ai plus mal.

J’aperçois la Mairie. Je savoure.

Je comprends.

« J’ai gagné ? »

Je traverse la Mairie.

« J’ai gagné… »

Je descends les marches.

« J’ai gagnéééééééééééééééééé!!!!!!»

Un speaker étonné, du bruit, de la musique, la foule, les applaudissements.

« Savoure ! »

35 kms de bagarre, 35 kms dans mon monde à part, mon univers.

Contrat rempli : 2h57’17, 1ère femme et 19ème au scratch.

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Il est 10h30. Je passe la ligne d’arrivée. La place des Terreaux est noire de monde. La place des

Terreaux a retrouvé tout son charme. Les vestiges de la veille ont disparu. La magie de la

course sans doute…IMG_9286

Sur cette course, j’ai beaucoup appris. Je suis sortie de ma zone de confort. J’ai réalisé mon

premier trail court. Je me suis battue pour aller chercher cette victoire.

J’ai testé, j’ai adapté, j’ai douté, mais surtout j’ai gagné… Contre ma principale adversaire : MOI !

La lutte d’hier contre Inès a été remportée grâce à ma lutte contre mon « diable », l’autre

« moi », celui qui veut ralentir quand je m’asphyxie, celui qui veut marcher quand les quadri

subissent, celui qui veut renoncer quand le combat s’annonce difficile, celui qui veut s’épargner

le moindre inconfort.

Demain, ce sera la dernière ligne droite vers Annecy et la Maxi Race 2016.

85kms et 5200 m de dénivelé positif pour se faire une place parmi les Grands du trail Français ;

ou juste continuer d’apprendre, pour continuer d’avancer.

La marche est haute, le défi osé mais ne dit-on pas qu’il faut viser la lune pour atterrir dans les

étoiles?

Et puis, il faut y croire jusqu’au dernier souffle, pas vrai ?