Anima Sana in Corpore Sano : Olivier, le Prof Traileur de haut niveau!
Tout d’abord, « petite » présentation?
Je suis né à Toulouse dans la ville rose (rose comme le Pink Runner !) un 13 juillet 1973 à 13 heures (ça ne s’invente pas !) et d’après mes parents, j’étais « treize » emmerdant à peine venu au monde, braillant à tout bout de champs.
De part le métier de mon père, j’ai connu des déménagements à répétition, découvrant tour à tour la région parisienne, le vaucluse, la bretagne, la charente, la picardie, l’aquitaine et l’hérault. De mon côté, cette bougeotte m’a poursuivi un bon moment, faisant également quelques séjours prolongés à l’étranger comme par exemple cette période d’un an au Canada ou j’étais Coopérant Service National en Entreprise.
J’ai suivi 5 ans d’études commerciales, d’abord à l’I.U.T d’Angoulême puis à l’Ecole Supérieure de Commerce de Grenoble.
Embauché dans une grosse multinationale à 25 ans en tant qu’ingénieur commercial, je n’y suis resté qu’un temps et j’ai décidé de me reconvertir car le commerce ne correspondait finalement pas à mes aspirations.
J’ai donc repris les études à 28 ans pour devenir professeur d’Anglais et j’ai obtenu une mutation à deux pas de Font Romeu où je réside actuellement depuis 5 ans.
Je suis également marié et heureux de l’être !
Comment en es tu venu à la course à pied?
Très simplement, au collège. J’étais pas plus haut que trois pommes mais je courais très vite. Je m’alignais dans les compétitions scolaires sur 60 mètres et ça m’a donné envie de continuer à courir. Les distances se sont ensuite logiquement allongées pour aller jusqu’à plus de 100 kilomètres !
Il y a aussi ce parcours de 5,7 km que je faisais tous les jours en Bretagne et je notais scrupuleusement mes temps chaque jour sur un petit cahier. Je constatais que je me finissais par m’améliorer et ça a été une motivation très importante pour ensuite m’aligner sur des courses sur route.
Qu’est ce qui t’as motivé à choisir ce sport plutôt qu’un autre?
J’ai essayé beaucoup de sports étant jeune, y compris en compétition. Le tennis de table me plaisait, mais au bout d’un moment, je trouvais que la surface de jeu était limitée ! Alors j’ai dégagé la table et j’ai gardé le tennis. Seulement je n’étais pas doué pour mettre la balle où je voulais. J’avais tendance à trop vouloir la suivre et un jour, je l’ai suivie en l’air en courant vers le filet…et je me suis ouvert la lèvre en percutant les poteaux qui soutiennent le filet ! Ca a arrêté net (net=filet en anglais, ah ah ah !) ma progression et mes ambitions de faire de la pub pour des Kinder Bueno… Alors je me suis mis au judo. Des années de judo pour changer le plus possible la couleur de ma ceinture. Blanche au début, elle passa progressivement à l’orange mais je n’eu jamais le (feu) vert car c’est après un régional en Bretagne que l’étrangleur frappa (ou étrangla plutôt). Je ne voulus pas frapper le tatami pour signifier mon abandon au combat et mon visage pris la même couleur que ma première ceinture : blanc. L’arbitre, ne voulant pas me voir mourir bêtement annula la prise et je renonçais à devenir Ministre des sports. Et puis une autre anecdote pour la forme : quand j’ai commencé le judo, je devais avoir une dizaine d’années, c’était en CM1, dans le vaucluse, et un jour, un plus grand, plus costaud me souleva et m’accrocha à un porte manteau dans le vestiaire. Suspendu par mon kimono, tel un vulgaire manteau, je me suis dis que ce sport n’était vraiment pas fait pour moi.
Il ne me restait plus qu’une solution : courir ! Et étonnamment, je m’aperçus que je pouvais courir rudement vite quand je le voulais, remportant le cross du lycée.
Comment choisis tu tes courses?
Je propose à mon ami et entraîneur Nico une liste de courses (que je fais également valider par ma femme qui a son mot à dire) sachant qu’il souhaite que je fasse à chaque fois une saison de cross-country pour avoir d’excellentes bases. Ca me va parfaitement bien. Après, je sais qu’en mars, je dois logiquement être très costaud en sortant d’une saison de cross rondement menée, c’est-à-dire en montant en puissance. Ma saison s’arrête en général avec le début des vacances d’été pendant lesquelles je fais une coupure ou je case une course pour le fun.
Je ne suis pas un adepte de la route. J’ai fais beaucoup de courses sur route à mes débuts et j’ai rempli les cartons de coupes et de médailles. Mais la route reste traumatisante pour les articulations donc je me suis dirigé vers le trail (qui est lui aussi traumatisant en fonction des courses choisies et des distances sur lesquelles on s’aligne).
Les trails que je choisis, je les souhaite courts, le plus court possible parce que j’ai de grosses qualités de vitesse et j’aime aussi quand ça grimpe, mais à condition que ce soit roulant et courable. Donc pas plus de 30 ou 35 km, ce qui est déjà énorme car en temps d’effort, ça peut facilement correspondre à un marathon. Avec mon coach, on a déterminé que pour moi, la distance et le dénivelé qui me correspondaient le mieux sont 20 km et 1000 m de D+. Donc je fais en sorte de trouver des trails qui répondent à tous ces critères, peu importe si aujourd’hui les courses les plus longues (qui ne sont pas les plus rapides) sont plus médiatisées.
J’essaye aussi de faire des trails maintenant d’une année sur l’autre parce qu’il est évident qu’une fois qu’on maîtrise un parcours, on se fait beaucoup plus plaisir.
J’aime aussi certaines régions et il m’arrive de choisir des courses éloignées juste parce que j’ai une affection particulière pour un coin et son ambiance. Par exemple, l’auvergne m’a souvent vu sur ses trails parce que les organisateurs de course sont vraiment très investis dans ce sport. Les journaux auvergnats s’intéressent à notre sport, je trouve ça chouette.
Je cherche aussi des courses où je peux me frotter à de la concurrence car il n’y a pas de gloire à gagner un trail ou quelque course que ce soit si on a pas un gros plateau au départ. Récemment, je suis allé au cross de volvic où le niveau était extrêmement relevé. J’étais entouré d’un kényan qui a fait 28’16 sur 10 km quelques semaines après et d’un Erytréen qui a lui aussi un niveau mondial. Pour moi, c’est ça qui est motivant, mesurer l’écart qui nous sépare de l’élite mondiale.
Suis tu des plans d’entraînement spécifiques?
Oui, mon ami Nicolas est un pur produit de l’athlétisme, on a commencé ensemble mais c’est surtout un Vététiste accompli et un adepte des efforts « durs » et longs. Il se connaît très bien, c’est quelqu’un de réfléchi et j’ai besoin de quelqu’un comme ça pour atténuer mon stress.
Il m’entraîne au millimètre et depuis un an et demi qu’il m’a pris en main, il me fait progresser alors que je ne pensais plus atteindre ce niveau de performance. Aujourd’hui, à 38 ans et demi, je peux affirmer que je n’ai jamais été aussi bon. Nico voit beaucoup plus grand pour moi, on espère beaucoup de podiums et de belles places en cross, y compris au niveau national, lorsque je passerai vétéran en 2013 (encore un 13 qui peut me porter chance, qui sait !)
Avec Nico, pas une seule fois je me suis lassé à l’entraînement. Il varie le type de VMA, me case des séances de fractionné en VTT ou sur vélo route alors que je n’avais jamais fait d’entraînement croisé de ma vie. Je fais pas mal de VMA et il veut absolument que je fasse de la piste alors que j’en ai une peur bleue (les efforts sont assez violents quand on fait bien les choses) et je sais qu’il a raison.
Donc pas de place pour le hasard et une communication quotidienne entre nous. Je crois bien qu’on s’est envoyé pas loin de 600 mails depuis qu’il s’occupe de moi ! Et oui, pour bien faire les choses, il faut que je sois précis dans mes retours de séance pour qu’il puisse adapter en conséquence !
Comment concilies tu ta vie familiale avec la CAP?
Très simplement en discutant de mes objectifs avec ma femme qui est très compréhensive. Elle a la même façon de voir que Nico et je lui tire un grand coup de chapeau. Je dis cela parce qu’elle n’est pas sportive à la base mais elle s’est tout de suite intéressé à ce que je faisais. Elle a voulu tout comprendre de ce sport et j’ai pris un immense plaisir à tout lui expliquer. Parfois, il a fallu qu’elle m’arrête dans ma prose parce qu’une fois lancé, on ne m’arrête plus ! (comment ça vous n’aviez pas remarqué ?!).
Parfois, il me vient des envies suscitées par la médiatisation de plus en plus grande de certaines courses. Là, elle sait que je cours à la cata et Nico aussi le sait bien. Alors je me plie à la vindicte populaire, le binôme de choc ayant de toutes façons le dernier mot…en général !
J’essaye de ne me fixer que quelques objectifs pour ne pas non plus que la course à pieds empiète trop sur notre vie de famille. Avant d’être marié, je courais presque tous les week end et j’arrivais à faire des podiums sur des petites courses. Aujourd’hui, je préfère ne faire que quelques courses et les faire correctement, avec l’objectif de faire une belle place dans des courses où le niveau est relevé.
Quoi qu’il en soit, je ne mettrai jamais en péril mon couple pour une histoire de course à pieds, je tiens trop à ma femme pour ça. Mais elle sait l’importance que revêt ce sport pour moi et nous nous entendons tellement bien, nous nous respectons mutuellement et nous faisons tout pour faire plaisir à l’autre. Ainsi, tout se fait naturellement et ma femme est la première à être fière quand je réussis une course. Parfois, elle l’est beaucoup moins quand je disparais des radars (les organisateurs de l’Andorra Ultra Trail m’avaient fait le grand honneur de m’attribuer une balise GPS) alors qu’elle fait une nuit blanche pour voir son mari symbolisé par un petit bonhomme sur une carte et qui avance à 5 km/h ! Et quand je suis rentré de mes 103 km en montagne avec un dénivelé important, c’est un squelette qu’elle a vu débarquer à la maison ! Là, je n’ai pas marqué de points auprès d’elle !
Où se trouve ton parcours préféré pour courir ?
Lorsque je résidais à Montpellier, c’était la plage, très tôt le matin, au lever du soleil ou tard le soir avant qu’il ne se couche. Pieds nus, dans l’eau, tel le coureur décrit par Goldman dans sa chanson. Ca n’était pas le parcours le plus adapté pour s’entraîner correctement avec les mauvais appuis mais j’ai toujours eu un sentiment de légèreté et de plénitude à faire ça de temps en temps.
Sinon j’adore courir dans les pyrénées, autour de Font Romeu, mais dans la montagne en général pour les paysages sublimes et les animaux sauvages qu’on peut y croiser. Je me souviens qu’en arrivant ici, un soir je me suis retrouvé tout seul dans un coin idyllique non loin de l’Andorre et j’entends siffler. Je regarde de tous les côtés et pas âme qui vive. C’était une marmotte énorme, j’étais conquis.
Tu préfères courir en club ou seul dans ton coin?
Sacré question ! Je suis très partagé. J’aime courir seul en règle générale parce que je me connais très bien maintenant et je fais mon rythme sans me préoccuper de personne. Je démarre quand ça me plaît et je rentre de suite chez moi pour prendre une bonne douche.
Mais j’avoue que j’ai d’excellents souvenirs d’entraînements à plusieurs sur piste, en France ou à l’étranger, parce que ça aide aussi à se motiver et ça nous pousse souvent à explorer d’autres limites. D’un autre côté, le fait de courir seul forge aussi un caractère et ça peut être très utile en compétition.
Quel est ton plus grand souvenir de coureur ?
J’en ai plusieurs bien entendu. Je vais te donner mon top 10 sans ordre de préférence :
Le premier, c’est lorsque je réussis à battre le record de mon père sur 1500 mètres. Ca a été une grande fierté parce que j’étais admiratif de son chrono sur cette distance. Mon record officieux fut filmé par un copain d’enfance et le souvenir est encore très prégnant.
Le deuxième souvenir, ce sont les séances que j’ai pu réaliser au Canada dans les couloirs d’un établissement scolaire car il faisait trop froid dehors pour s’y aventurer. Ce souvenir me paraît encore surréaliste aujourd’hui.
Le troisième souvenir, c’est les séances que j’ai pu faire par moins 30° au Minnesota, une région très froide des Etats-Unis, un jour où je suis allé voir ma sœur qui y était assistante de Français. Je sortais m’entraîner deux fois par jour avec deux cagoules, deux paires de gants, enfin tout était doublé ! Et un jour, après avoir couru par moins 30, on prit l’avion direction la Floride et je me retrouvais à courir pieds nus par + 25° un 25 décembre. C’est un grand souvenir.
Le quatrième souvenir marquant, c’est la première fois que je suis devenu champion régional de cross. C’était en Espoirs, dans la région Poitou Charente, et devant mes supporters et amis du SCA. Je crois que c’est l’une de mes plus grandes joies d’athlète et surtout, c’était mon cadeau d’adieu à tous ces jeunes que j’avais vu grandir et évoluer au plus haut niveau car je quittais la Charente sur cette victoire. Aujourd’hui encore, j’ai gardé des liens avec Nicolas Berthommé qui m’entraîne et qui aurait pu devenir un traileur d’exception s’il n’avait pas eu d’autres projets dans la vie. Un autre ami a remporté la première édition du semi de Marseille. Et tous ces jeunes m’ont fait aimer l’athlé, j’étais leur grand frère, un peu leur modèle aussi et Nico me le rend bien aujourd’hui.
Le cinquième souvenir, c’est ma première qualification (et la dernière individuellement) à un championnat de France de cross FFA. J’ai l’image gravée à vie de cette qualification et du moment où j’ai franchi la ligne, sachant que 2 places et 3 secondes plus tard, la porte se refermait ainsi que mes derniers espoirs de participer à cette course qui rassemble l’élite de la course à pieds en France. Ce fut un moment de joie intense, surtout que je suis venu littéralement mourir sur la ligne pour arracher cette qualif.
Le sixième souvenir, ce sont les championnats de France à Carhaix, en Bretagne, devant 30 000 spectateurs enthousiastes. C’était par équipe avec le Montpellier Athlétisme, j’en garderai un souvenir impérissable.
Le septième souvenir, c’est lorsque je réussis 4’02 sur 1500 m. Au Grenoble Université Club, l’entraîneur qui avait été entraîneur national, me dit un jour que je ne ferais jamais mieux que 4’08 sur cette distance. Je crois que c’est l’une des rares fois où j’ai pleuré dans ma vie parce que je savais que je pouvais mieux faire et qu’y a-t-il de pire que quelqu’un qui vous fait comprendre que vous ne valez plus rien, qui ne crois pas en vous ? J’en ai pleuré car pour la première fois de ma vie, j’eus l’envie de jeter l’éponge, de mettre un terme à ma vie de coureur et c’était un sentiment de déchirement car la course à pieds m’avait toujours accompagné dans les moments difficiles de mon existence. Qu’allait-il rester sans cela, surtout à une époque où je faisais mon cheminement dans la vie tout seul, sans compagne. Ces 4’02 et 13 centièmes, et j’insiste sur le chiffre 13 qui m’a toujours poursuivi, tantôt m’apportant de grandes joies, tantôt de grandes tristesses, furent réalisés sur la piste d’Avignon. L’entraîneur du GUC vint me voir pour me serrer la main, enfin, mais trop tard car c’était la perf d’un écorché vif, c’était par réaction, pour lui prouver qu’il avait tort. J’ai encore le film de la course dans la tête, ça ne me quittera jamais…passage au 1000 en 2’38…arrivée sur la ligne en m’effondrant, et le bonheur de dire à l’entraîneur que je dégageais du club, que je rejoignais l’US Pontet Athlétisme où Fred Reggiani, l’entraîneur d’une certaine Sandra Martin pour ceux qui suivent un peu l’actu du trail, me fit confiance, lui.
Le huitième souvenir, c’est la Pyrénayca. Un ultra trail de 107 km pour 5500 m de dénivelé dans les pyrénées orientales. C’est très long à raconter mais il y a 4 pages dans l’un des numéros d’Ultrafondus de 2009. C’était un pari incensé, j’étais parti comme un fou, je me suis perdu et je suis retombé sur 2 autres coureurs : Thierry Tescari et Denis Clerc. C’est là que j’ai compris que la course à pieds pouvait aussi rimer avec aventure humaine, partage, souffrance, introspection. Ce souvenir restera longtemps gravé et l’arrivée mains dans la main après plus de 24 heures environ passés dans des conditions limite dangereuses à cause de froid restera longtemps en moi. Pas de performance, nous n’étions que 16 au départ et 6 à l’arrivée, mais un vrai partage et un grand bonheur que de repenser à tout cela même aujourd’hui. Denis, journaliste sportif à France 3 à d’ailleurs immortalisé ce moment avec sa caméra (des images doivent bien circuler sur le net).
Le neuvième souvenir, c’est le national de cross en Angleterre à Birmingham. Plus de 2000 coureurs au départ, le cross dans toute sa splendeur mais j’en ai parlé plus haut. J’aime leur concept : Un cross organisé au sud de l’Angleterre et un organisé au nord. Il suffit de participer à l’un des deux pour aller aux national de cross. C’est bien plus démocratique que nos nationaux qui sont très élitistes. Ca ne m’empêche pas de penser que ce côté élitiste donne une belle dimension à la performance.
Le dernier souvenir, il est tout récent puisqu’il date de juin dernier, c’était aux Gendarmes et aux Voleurs de Temps. Grand souvenir parce que j’offrais à Nico (Nicolas Berthommé), une belle 6ème place (à une demie seconde du 6ème au terme d’un sprint fou) à celui que j’ai connu à mes débuts en course à pieds. C’est une histoire d’amitié, il m’a pris en main et comme il le dit : « j’ai dû faire un vrai prologue pour aller te voir sur différents points du parcours, plus dur que quand j’étais à la bataille avec des gars comme Absalon en coupe de France dans les côtes ! » Car c’est avec un vélo de 15 kilos qu’il alla me supporter sur différents points du parcours.
Ta 1ère course c’était où et à quelle occasion?
C’était aux Arcs, dans les Alpes. J’étais en vacances avec mes parents, j’avais 16 ans, c’était en 2009. La station organisait une petite course et j’y pris part après avoir passé une semaine à découvrir la course à pieds en montagne aux côtés de Sylvain Cacciatore, l’un des vainqueurs du marathon de Paris.
Trail, route ou piste, tu préfères quoi?
Il manque une proposition : le cross, que j’aime passionnément ! Mais puisque tu me demandes de faire un choix entre ces 3 propositions, je vais te dire que mon cœur balance à présent très nettement du côté du Trail après avoir été dans un premier temps du côté de la piste, puis de la route.
As tu un modèle de sportif et pourquoi lui ou elle?
Mon modèle de sportif, c’est celui qui arrive à durer dans le temps au meilleur niveau, quelle que soit la discipline parce que cette histoire de longévité dénote de la régularité à l’entraînement, ce qui n’est pas forcément évident avec nos vies stressantes et chronophages, et une hygiène de vie irréprochable pour être pérenne.
Ainsi, j’ai toujours été admiratif de ces légendes de la course à pied que sont Aouita, Morcelli, Gébré, N’gugi et des tas d’autres dont je n’ai plus forcément le nom en tête. J’aime surtout les sportifs qui ont su rester humbles et qui ont une histoire derrière eux, ceux qui ont forgé leur succès alors que leur vie était difficile.
As-tu un objet essentiel ou un porte bonheur ?
La chaîne que je porte autour du cou et que ma femme m’a offerte le jour de notre rencontre. Elle ne me quitte pas et je l’embrasse avant chaque compétition. Elle me donne de la force et de la sérénité juste avant le coup de feu libérateur.
Un conseil pour ceux qui débutent ?
Je crois que tout le monde donne le même conseil en général : alterner marche et course lente puis augmenter le temps de course progressivement.
Varier les parcours d’entraînement, ne pas se forcer à courir quand on n’en a pas envie, s’inscrire à des courses qui font envie et s’imaginer tout le bien qu’elles vont nous procurer jusqu’au jour J.
Ne pas forcément vouloir imiter les meilleurs, prendre un entraîneur avec qui vous vous sentez bien quand c’est possible mais en général, dans les clubs, ils sont très compétents et vous font aimer la discipline.
Courir sur des parcours souples quand c’est possible, même si c’est le bord de la route, pour éviter de se blesser.
Bien écouter son corps et éviter la fatigue qui va entraîner des blessures.
Courir avec un lecteur MP3 les premiers temps (ensuite, il vaut mieux éviter car ça fausse l’allure). Les coureurs occasionnels ont la chance de ne plus avoir à trimbaler un gros walkman/baladeur dans lequel on insérait une cassette à l’époque !
Ne pas oublier ce qui est vraiment essentiel pour soi, la course à pieds étant à mon humble avis moins une priorité que ceux qui nous aiment et nous entourent.
Quel est ton rêve ou la course mythique à laquelle tu rêves de participer et pourquoi ?
Aussi étonnant cela puisse paraître pour un inconditionnel de la course à pieds comme moi, je n’ai pas de rêve de participation à une course en particulier. J’ai surtout envie de RE-participer à des courses où les sensations ont été au rendez-vous comme les Gendarmes et les Voleurs de Temps ou bien sur des trails en Auvergne mais juste parce que j’aime l’ambiance.
Enfin si, je rêve de participer à un mondial de cross mais c’est bien là un rêve inaccessible car je n’aurai jamais le niveau pour ça. Mais déjà, une qualification à un France de cross est un rêve en soi et ça n’est pas donné à tout le monde.
Je ne rêve par contre absolument pas de faire des courses ultra populaires comme le marathon de New York.
Tous les ultra trails me font un peu rêver, je dois bien l’admettre, mais simplement par rapport aux parcours. Je regrette que pour ma seule et unique participation à l’UTMB, ce dernier ait été annulé. J’aurais tellement aimé voir le jour se lever sur le Mont Blanc et découvrir cet environnement que je ne connais pas. En Andorre, j’ai vu des paysages à couper le souffle, ça m’a rempli de joie.
Quelle est ta performance dont tu es le plus fier?
J’ai forcément là aussi plusieurs performances dont je suis très fier. Mon record sur 1500 mètres, ma qualif en individuel aux France de cross en junior, mon titre de champion régional sur 1500 en junior, celui de champion régional de cross en espoir, mon titre de champion de France par équipe dans la catégorie Universités (et le titre de vice champion de France par équipe l’année précédente), et puis toutes les courses où j’ai tout donné et où j’ai eu le sentiment d’avoir fait LA course parfaite, celle dont on se refait le film longtemps après. Terminer un trail de plus de 100 km comme à la Pyrénayca ou à l’Andorra Ultra Trail Initiatic est aussi une très grande fierté même si les résultats ne correspondent pas à des performances incroyables sur le plan athlétique. Mais physiologiquement, ce sont de vrais défis.
Quel regard portes tu sur les courses d’aujourd’hui ?
Un regard amusé et parfois inquiet sur l’évolution du trail. Les distances se sont allongées et on a l’impression que si on ne court pas plus de 100 km, on a rien fait d’intéressant. C’est une des dérives du trail. Je considère que de courir déjà 20 km en nature, c’est un exploit en soi.
Il y a aussi de plus en plus de courses, que ce soit sur la route ou sur les chemins et cette offre pléthorique casse un peu la logique compétitive car un coureur peut choisir d’éviter la confrontation. On l’a vu avec le TTN (Trail Tour National). Tous ces calculs sont anti-compétitifs, mais en même temps, chacun est libre de courir ou il le souhaite. Et bien entendu, il existe des courses étalon comme les Templiers et j’ai moi-même cédé à la mode et je me suis aligné à cette course mais pas pour les bonnes raisons à mon avis. On ne court pas un 70 bornes avec plus de 3000 mètres de dénivelé comme on court un trail court. Je laisse désormais ce type de course à ceux qui ont envie de se faire mal sur du long, ça ne me fais plus fantasmer, il me fallait cet abandon pour m’en rendre compte. Et puis après 3 heures d’effort, la lassitude physique et mentale s’installe pour moi, j’ai besoin de me battre contre d’autres coureurs, pas de faire des courses d’usure, des courses « jeu de massacre » où le vainqueur sera celui qui aura craqué moins vite que les autres.
Penses tu que les courses d’aujourd’hui ont le même intérêt sportif qu’avant?
Ca dépend des courses. Je regarderai avec toujours autant d’intérêt les courses des Jeux Olympiques sur piste parce que ceux qui sont au départ de ces courses sont de véritables athlètes, de vrais bolides sur le tartan.
Je regrette aussi que les France ou les mondiaux de cross ne soient plus diffusés comme à une époque sur une chaîne publique. Bien sûr que ça n’est pas forcément intéressant pour tout le monde de voir des gars se mettre minables sur un hippodrome et pourtant…
D’après toi, en dehors des performances sportives bien sûr, qu’est ce qui intéresse les sponsors?
La réponse logique serait l’aspect commercial non ?! A l’heure où les Teams se développent, et j’avoue avoir moi-même cédé à l’appel des sirènes, les sponsors ont compris que les « traileurs » pouvaient mettre en avant leur marque. C’est le jeu et en contrepartie, si on peut de notre côté moins mettre la main au portefeuille et profiter réellement de l’efficacité (pas toujours évident quand on a l’habitude de courir sans artifices) de tout ceci.
Je me plais à croire que certains sponsors sont aussi de vrais passionnés qui voient aussi l’intérêt de l’athlète pour ce qu’il est, ce qu’il représente. Mais je me ferai ma petite idée au fur et à mesure, c’est l’une des raisons pour laquelle je joue le jeu aujourd’hui sans pour autant « vendre mon âme au diable ».
Ton prochain objectif c’est quoi et où?
Au moment où cette interview sera publiée, mon prochain objectif sera un vétathlon en duo avec un excellent vététiste (c’est en tout cas ce que le Team Optisport m’a promis) du Team Egobike qui est lié d’une certaine façon au team Optisport. Je suis content de vivre cette expérience car l’aspect relais et partage m’a toujours plu. Ca sera du côté de la drôme. Bien sûr, les France de cross risquent de tomber au même moment et si je me qualifie, j’aurai un gros dilemme à gérer.
Si tu ne courais pas, tu ferais quoi?
J’irai encourager les copains sur des courses de montagne pour le côté esthétique. J’irai en particulier voir Michel Rabat qui a intégré le Team Salomon cette année sur des courses comme Zégama où l’ambiance est digne d’un tour de France. J’ai découvert le skyrunning par le biais d’un ami qui est président du Skyrunning France et j’avoue que les duels en montagne peuvent être de toute beauté. On ne peux pas faire semblant dans une côte.
Je passerais aussi mon temps à aller voir des France de cross country. Il m’est déjà arrivé de faire plus de 600 km juste pour voir un France de cross.
Mais aussi, pour sortir un peu du giron de la course à pieds, je m’adonnerais à d’autres loisirs comme la lecture, la peinture, je profiterais de l’argent que je ne dépense plus dans mon sport pour voyager avec ma femme, je passerais plus de temps à ses côtés également.
Et puis pour ne pas rester inactif, je ferais des randonnées, comme le tour du Mont Blanc. Comme le dit très justement mon ami Nico, « pourquoi au lieu de t’user sur un ultra, tu ferais pas plutôt tout ça en rando ? Tu profiterais 100 fois plus du paysage sans compromettre tes qualités de vitesse et sans risquer la blessure ! ».
La question qui tue :
Mer ou montagne?
Montagne parce que tous les jours, elle offre un visage différent, une vraie peinture pour les yeux parce que le soleil joue avec les nuages et colore tout ceci admirablement bien. Je ne me lasse jamais de regarder de ma fenêtre ce spectacle et il arrive souvent qu’une mer de nuage se forme en dessous de chez moi au loin. C’est unique. Et la mer me plaît le matin très tôt avant que tout le monde n’envahisse les plages et se tartine de crème solaire. Ou bien le soir au coucher du soleil. Ou encore le fait d’être SUR la mer, au large des côtes.
J’ai la chance de partager mon temps entre Font Romeu et la côte d’azur donc je n’ai pas à choisir en réalité !










Beau compte rendu on sent vraiment la
Passion qui t’habite et c’est super… Vraiment content de rencontrer des gens comme toi c’est aussi sa la course à pieds.. Grosse pensée aussi pr ta femme car faut avouer que notre sport on ne
Peux le Pratiquer et s’épanouir dedans que si notre partenaire l’acceptes et se se sens un minimum investie… À bientôt Olivier et Philippe encore merci pr tes choix d’athlètes Tjrs aussi humble aussi passionnée et qui au fil des lignes nous donnes l’ancien de courir…
Ps: olivier tu va finir par me donner envie de faire des trails…
Je voulé dire l’envie de courir et pas l’ancien… Vive l’iPhone…
Merci christopher, moi c’est des champions comme toi qui m’inspirent depuis mes débuts en 1989 !
Merci aussi à toi philippe de m’avoir proposé cette interview, il y a tant de champions qui méritent 100 fois plus que moi d’être mis en avant…